joomla
LA NOTION DE «LOCUTIONNAIRE»: ORIGINE ET JUSTIFICATION THEORIQUE DE CETTE NOTION
Філологія - Київського національного лінгвістичного університету

PIERRE ATTAL

Universite de Paris - X

The article analyzes the semantic notion locutionary that plays a key role in understanding an utterance. The history of the concept is presented as well as the existing theoretical views at its role in the decoding of linguistic information. The functional features of the concept are theoretically and empirically grounded.

1. Qu'est-ce que le locutionnaire? Soit un MnoncM E prononce par un enonciateur avec l'intention de produire un effet quelconque sur son interlocuteur ou sur ses relations avec lui; l'effet recherche fait de E ce qu'on appelle, meme improprement, un «acte» de langage. Interpreter E, c'est d'abord comprendre qu'il s'agit de tel «acte» conformement a l'intention de l'enonciateur. Je prendrai tout de suite un exemple: supposons l'enonce (1) «Celui qui a dit cela est un imbecile» prononce comme une affirmation. C'est un jugement sur quelqu'un qu'on identifie comme celui qui a dit cela. J'y distingue deux «actes», l'un («acte de reference») par lequel l'enonciateur de (1) fait reconnaitre a l'interlocuteur quelqu'un par celui qui a dit cela, l'autre («acte d'affirmation») par lequel il cherche a lui faire admettre qu'il faut classer l'individu parmi les imbeciles. Interessons-nous d'abord a l'affirmation: elle consiste ici a rapporter au sujet (celui qui a dit cela) le predicat est un imbecile. Ces deux elements (le sujet dans son ensemble) et le predicat participent directement a la production de l'acte d'affirmation (ou d'assertion, je ne distingue pas les deux denominations). Ce sont des elements illocutionnaires. Le concept d'illocutionnaire regroupe tout ce qui dans un enonce participe a la production et a la reception de l'enonce comme un acte de langage.

A present, occupons-nous du groupe sujet: celui qui a dit cela. Si l'ensemble de ces mots joue un role crucial dans l'acte de reference, la relative determinative presente une particularite qui m'oblige a denier a son contenu a dit cela la nature d'element illocutionnaire. On retrouve ce contenu sous une forme identique dans l'affirmation «Jean a dit cela». Dans cette affirmation a dit cela est un predicat illocutionnaire essentiel dans la production de l'affirmation. Mais quoique la relative determinative qui a dit cela ait exactement la meme structure formelle, ce n'estpas une affirmation. La prononciation de ces mots ne s'accompagne pas, si l'on peut dire, du «sentiment» qu'on introduit quelque chose de nouveau dans la conversation. Quel est le statut semantique de cette relative? On dit quelquefois que le contenu de la relative est presuppose. J'ai propose un autre concept, beaucoup plus general et englobant plus de faits: celui de locutionnaire.

La relative determinative est typiquement un element locutionnaire et je la decris comme la trace metalinguistique du predicat illocutionnaire de meme forme qui est responsable de la nature d'affirmation d'un enonce comme «Quelqu'un a dit cela». Que veut dire trace metalinguistique d'un element illocutionnaire dans un autre enonce? On peut presenter les choses en ces termes: si le destinataire de (І) peut dire qu'il «comprend» le contenu de la relative dans l'enonce entier, c'est parce qu'il «reconnait» dans ce contenu la forme figee, «morte» du predicat illocutionnaire dans l'enonce «Quelqu'un a dit cela» qu'on a prononce ou qu'on aurait pu simplement prononcer. Cette «reconnaissance» n'est pas un processus psychologique que je pretends decrire de fa9on precise. C'est une fa9on de parler. J'etablis une relation theorique de dependance, de subordination (au sens propre, non grammatical) entre la forme illocutionnaire et sa trace metalinguistique. Autrement dit, il faut dans la theorie (et on peut se demander si ce n'est pas la meme chose dans la realite, mais cela ne peut etre prouve) poser la primaute de «X a dit cela», affirmation, sur (qui) a dit cela. Ce dernier n'est possible et ne peut etre compris que parce que le premier existe ou est possible. Si le lecteur s'etonne que je soutienne une these aussi contournee sur un exemple qui parait simple et transparent, je donnerai plus loin, quand je critiquerai la conception classique de la production du sens (2-2), un exemple plus eclairant. Dans (І) la trace locutionnaire est formellement identique а sa source illocutionnaire, mais elles peuvent presenter des differences plus ou moins grandes.

Un point important: tout element locutionnaire est d'office metalinguistique, mais l'inverse n'est pas vrai.

La notion de locutionnaire a une double origine theorique que je vais а present preciser: elle est le produit indirect de mon refus de poser comme une donnee objective ce qu'on appelle le sens d'un enonce, elle est aussi la consequence directe d'un principe tres general: le langage humain est reflexif et comporte des niveaux metalinguistiques intrinsёques (а distinguer soigneusement de l'activite metalinguistique volontaire, comme celle qui est directement responsable des lignes que j'ecris) et, d'autre part, il est necessaire defaire de la dimension metalinguistique intrinsёque, non volontaire, du langage un facteur essentiel dans la description et surtout dans l'explication du langage.

І - І. J'ai emprunte le terme locutionnaire а Austin qui utilise en fait la forme locutoire. Comme le concept que locutoire recouvre chez cet auteur n'est pas celui dont je parle ici, et que c'est contre le contenu qu'Austin lui accorde que j'ai forme celui que j'utilise, il est necessaire que je specifie la notion qui apparait dans Quand dire c'est faire.

Austin (І970) distingue trois «actes» dans renonciation: l'acte illocutoire (illocutionnaire chez Searle (І972) et ici), qui est responsable de l'interpretation de l'enonce comme une affirmation, une promesse, un avertissement, une menace, une interrogation, une priere, etc.; l'acte perlocutoire, qui est un effet secondaire, facultatif du premier (on peut affirmer quelque chose pour eblouir quelqu'un ou pour se moquer de lui, etc.); l'acte locutoire qui est cite en troisieme position, mais qui constitue theoriquement, chez Austin, un prealable aux deux autres, en ce qu'il s'incarne а la fois dans la matiere sonore de l'enonce, sa « matiere » morphologique et syntaxique («Merci» est different de «Je te remercie», mais ce sont deux formes de remerciement), enfin sa «matiere» semantique et eventuellement ses references: le «sens» de «Merci» n'est pas celui de «Je te remercie», meme si leurs forces illocutoires sont semblables.

La troisieme composante (semantique, referentielle) de l'acte locutoire d'Austin est а rapprocher de la « pensee » chez Frege, du dictum chez Bally, de la lexis de Culioli, de la forme logique chez Chomsky. Elle prend chez Searle (1972) la forme de la « proposition ». Elle est rejetee par certains linguistes ou philosophes du langage dont je fais partie.

1- 2. Voici la critique qu'en fait Paul Gochet dans Esquisse d’une theorie nominaliste de la proposition, 1972, un ouvrage qui a joue un role important dans l'elaboration du concept de locutionnaire parmi les principes qui ont fonde mes reflexions et mes etudes (cf. Attal 1979a, 1979b, 1994, 1997b)

Gochet etudie aux pp. 61s la notion de signification locutoire interne а un enonce de force illocutoire particuliere. Il s'en prend а la theorie de Searle (1972: 67s), qui, exploitant la distinction austinienne, soutient que les quatre enonces «Sam est en train de fumer», «Fumez, Sam», «Sam fume-t - il?», «Ah, si Sam fumait!», ont en commun la «proposition» (composante semantique locutoire ou plutot chez Searle locutionnaire) qu'on peut representer sous la forme d'une structure profonde X Sam Aux fum-, ou X est la variable de force illocutionnaire. Or Gochet rejette cette affirmation: «Le commun denominateur d'une phrase declarative, d'une phrase optative, d'une phrase imperative et d'une phrase interrogative, ayant meme reference et meme predication, ce n'est pas une proposition inassertee, car ce n'est pas une proposition du tout1».

Otons, dit Gochet, les marques de force illocutionnaire, il ne reste qu'un agregat syntaxique ininterpretable. «Le mode n'a pas uniquement pour fonction de specifier le type d'acte illocutionnaire realise par la phrase. Il remplit aussi une autre fonction plus subtile, qui est de lier d'une maniere qui lui est propre le predicat au terme referentiel, c^-d. le predicat au sujet». Gochet reprend а Hare le terme de phrastique pour qualifier ce qui est commun aux quatre enonces ci-dessus. «Le phrastique contient moins d'information que la phrase meme non assertee».

1- 3. C'est la notion de «phrase non assertee» qui a ete determinante dans la transformation que j'operais dans le concept de locutionnaire. J'ai repris quand meme ce terme qui a l'interet de former avec illocutionnaire une paire fondee sur l'identite du radical, symbolisant ainsi parfaitement le rapport que j'etablis entre eux, mais, au lieu d'y voir une realite mentale sous-jacente aux enonces qui accomplissent les actes, je m'en suis servi pour nommer les suites linguistiques, concretes, qui, dans un enonce, ne sont pas des elements responsables de l'acte que l'enonce est cense accomplir, ne sont pas non plus responsables d'un acte independant, et sont descriptibles semantiquement pour moi par reference a des actes reels ou possibles, etrangers a l'enonce qui les contient. Si je rejette l'idee que dans «Pierre est un imbecile» il faut d'abord poser un substrat neutre pourvu d'un sens du a des regles de composition syntaxiques et semantiques, puis monter un schema ou ce substrat neutre passe par differentes operations qui lui donnent au bout du processus sa valeur d'acte d'affirmation, je rejette aussi bien celle que dans «Celui qui a dit cela est un imbecile» la suite a dit cela constitue un ensemble pourvu d'un sens intrinseque accessible au francophone, mais qui ne quitte pas son statut de substrat neutre et n'est pas engage dans un processus qui lui confere la valeur d'un acte. Je vais maintenant donner les raisons qui me font rejeter ce canevas theorique et qui m'ont amene naturellement a introduire dans le schema theorique qui guide mon travail la notion de locutionnaire telle que je l'ai precisee plus haut.

2. Ce schema est le produit naturel et direct du choix d'un point de vue comportem entaliste et antimentaliste que j'ai fait clairement des que j'ai aborde au debut des annees 1970 les problemes linguistiques. Je vais ici simplement reprendre les arguments que j'ai avances dans ma these (1979a), et surtout dans Attal 1994, plus recemment dans Attal 1997b.

Je dois cependant remonter plus haut: il y a en amont de mes choix theoriques, aussi bien du concept fondamental d'illocutionnaire que celui de locutionnaire, la prise de conscience des faits suivants: une theorie linguistique ne se contente pas de refleter, en les transformant en abstractions, les donnees de l'observation, mais recree, rebatit, si l'on peut dire, sur le papier, une realite largement noumenale dans la mesure ou, en dehors des phenomenes sonores, l'essentiel des faits linguistiques prend corps pour nous par le biais d'un metalangage consubstantiel au langage que l'on veut decrire. Nous devons donc batir un systeme generatif qui impose un ordre rigoureux, une hierarchie de concepts dont l'architecture generale n'est pas, contrairement a une impression trompeuse nee de la familiarite du langage, justifiee, ou assez peu, par l'observation.

2-1. Precisons maintenant la conception classique de la fa9on dont naitrait ce qu'on appelle ordinairement le sens, et que je n'adopte pas. Cette conception imite la chaine de montage d'une usine d'automobiles (metaphore que j'ai developpee dans Attal 1997b) dont je vais donner un exemple : je prendrai le schema developpe, dans le cadre de la theorie de la pertinence, par Mreschler et Reboul (voir Mreschler et Reboul 1994: 39-41). Ils decomposent le processus d'interpretation des enonces dans les etapes suivantes : reprenant partiellement les idees fodoriennes, ils voient dans l'elaboration de ce qu'on appelle le «sens» d'un enonce un travail qui s'effectue de «I'interieur», a partir d'un systeme «peripherique» qui donne une forme logique «qui correspond a une interpretation partielle et incomplete de l'enonce», vers «l'exterieur», avec l'intervention de la pragmatique qui fournit une interpretation complete en attribuant des referents aux variables, en assignant une force illocutionnaire, etc., «a la sortie du systeme linguistique».

J'insiste sur un fait essentiel a mes yeux: ces theoriciens, pour promouvoir leur schema d'ensemble, ne s'inclinent nullement devant des evidences qui s'imposent a eux dans des experiences et j'ajoute une idee qui recueille en general peu d'approbation: ni la demarche classique, ni ma fa9on d'aborder l'etude du langage ne peuvent vraiment repondre a la question: «Qu'est-ce qui fait qu'on se comprend? Peut-on expliquer l'intercomprehension?». On croit le faire en disant qu'une phrase a un sens. Sous ce terme on pense saisir une propriete, un objet d'experience; on a simplement procede a une reification, on a eleve au statut de phenomene un concept du metalangage spontane qui est inseparable du langage. Le «sens» n'est rendu sensible et consistant que par des paraphrases qui nous font entrer dans une regression a l'infini. Les mentalistes se contentent, ainsi que le souligne Quine (1953: 48), de construire parallelement au langage un double mysterieux erige en source du sens.

Estimant trop hasardeuse une entreprise d'explication fondee sur le concept axiomatique de sens, et trop grande la puissance que cette fa9on d'aborder la langage confere a une theorie (voir Attal 1994: 1,1 et Attal 1997b), j'ai propose de retourner completement l'ordre habituel, qui beneficie a tort d'un prejuge favorable, et de partir, dans la demarche explicative, de la valeur que l'on place au bout du processus, c-a - d. l'illocutionnaire. De nouveau j'insiste sur le fait que je ne pretends pas du tout que dans la nature des choses le langage est produit par un processus qui commencerait vraiment par l'illocutionnaire; il s'agit de batir un systeme abstrait, de toute fa9on assez arbitraire, qui rende plus ou moins bien compte de ce qui se passe quand nous parlons, alors que nous avons une liberte presque totale de suivre tel ordre ou tel autre. J'ai pense que cette demarche que j'appelle comportementaliste etait celle qui evitait le mieux les debordements auxquels l'absence de garde-fous naturels exposait une theorie, en accrochant les concepts a des realites moins nebuleuses.

2-2. Cependant, le choix d'un cadre theorique comportementaliste, a contre-courant des positions classiques, ne se justifie pas uniquement par une repugnance personnelle pour les axiomes mentalistes qui commandent necessairement le schema classique. Le fait de supposer a la base de la formation et de l'interpretation d'un enonce un travail preliminaire, qui ne peut etre qu'inconscient, qui aboutit a une sorte de substrat semantique neutre, complete, enj olive par des composants tardifs de nature pragmatique ou rhetorique, ne resiste pas а certains faits concrets des plus simples, des plus familiers. Comment cette boite noire, machine а fabriquer du sens appelee systeme peripherique, peut-elle conferer aux pretendues suites prealables а des enonces comme «Nom d'une pipe!», «Tu me casses les pieds!», «Voulez-vous bien vous taire?!», ou а l'imperatif «Allons!» qui est susceptible de figurer dans plusieurs types d'enonces qui n'auraient pas forcement un rapport avec l'idee de mouvement, des valeurs premieres а partir desquelles la pragmatique elaborerait l'interpretation definitive, sans que la valeur primitive doive l'essentiel de son contenu а cette interpretation finale, ce qui nous fait tourner en rond?

Je peux maintenant revenir sur le point laisse en suspens en fin de 1: n'est-il pas absurde de supposer qu'en contexte locutionnaire on ne peut comprendre une suite linguistique qu'en se rapportant а une suite semblable en contexte illocutionnaire? Je prendrai comme exemple de ce type de suite celle qui apparait dans la subordonnee introduite par le fait que dans «Le fait que les carottes soient cuites ne m'empechera pas de rester ou je suis». Typiquement pour moi, que les carottes soient cuites represente une suite locutionnaire: elle n'est engagee dans aucun acte. L'enonce tout entier est une negation donnee et re9ue comme un refus. C'est un acte particulier. Que les carottes soient cuites ne peut etre interprete que par rapport а l'affirmation, qu'on doit supposer en l'occurrence effective, «Les carottes sont cuites». Or cette affirmation peut etre interpretee de deux fa9ons completement differentes: 1) elle peut imposer а l'enonciateur une situation dans laquelle il s'agit bien de legumes parvenus au terme de leur cuisson; 2) ce peut etre une affirmation equivalant а «C'est fini», «C'est fichu». C'est une expression imagee, une fa9on de parler metaphorique. Dans ce cas, il ne s'agit plus d'objets comestibles, ni de processus culinaire en phase terminale. Seul le contexte denonciation de «Les carottes sont cuites» permet Vinterpretation de la meme suite dans Venonce «Le fait que les carottes soient cuites...». J'insiste sur ce fait: si le destinataire n'est pas capable d'interpreter «Les carottes sont cuites», il est encore moins capable de comprendre la meme suite apres le fait que. La sequence locutionnaire les carottes sont cuites ne peut pas etre re9ue telle quelle avec la valeur qu'elle aurait dans l'affirmation dans son «sens figure».

Je vais prendre un exemple plus complique encore qui met а mal la vision classique du sens: Saint- Simon dans ses Memoires emploie а intervalles reguliers l'expression rien moins (que x), avec alternativement un sens positif et un sens negatif (je me refere а l'edition Coirault dans La Pleiade):

II, 475 «Il n'esperait rien moins que le baton d'une action heureuse» (positif)

II, 304 «Il n'etait rien moins qu'homme de guerre» (negatif)

Je precise: le premier enonce est une affirmation forte equivalant а «Il esperait particulierement...», le second enonce est au contraire l'equivalent d'une negation appuyee: «Il n'etait pas du tout un homme de guerre». Comment doit-on penser que le systeme peripherique de Saint-Simon fonctionnait pour expliquer que la meme structure aboutisse a des interpretations rigoureusement inverses et surtout comment rendre compte du fait que le lecteur, aussi bien le contemporain de l'auteur que celui de notre temps, doive chercher dans le contexte les elements qui determinent une signification essentielle, nullement accessoire ou surajoutee, qui devrait etre elaboree par le composant de depart?

Mais, dira-t-on, Saint-Simon avait et le lecteur etait ou est suppose avoir dans sa «competence» deux entrees lexicales differentes pour rien moins (que x). Seulement nous n'avons pas affaire a des lexemes, meme composes, mais a des structures complexes, mettant en jeu la plupart du temps le complementeur que, sur lesquelles on verrait de preference intervenir des regles de composition, non de simples etiquettes lexicales. Les operations qu'on devrait postuler aboutiraient a des «lectures» totalement opposees. Notons encore que si l'on se contente d'une solution purement lexicale, la situation qu'elle impliquerait serait au moins etrange, car on supposerait pour une meme expression deux valeurs contradictoires. Enfin, cette solution reviendrait a dire que nous apprenons tout betement les deux sens opposes de rien moins (que x), ce qui est vraisemblable, mais nous eloignerait pour le moins des processus plus ambitieux imagines par les mentalistes2.

2- 3. Contre la conception clairement mentaliste du sens, j'ai adopte un point de vue que j'appelle comportementaliste, meme s'il doit etre bien distingue des theories behavioristes classiques. Les faits dont on doit partir pour decrire le langage doivent etre les prises de paroles, les enonciations brutes. Cette position repond a ce que j'ai appele la logique de l'etude de la cellule (a l'oppose de l'etude en chaine de montage) (Attal 1997b). Ce sont ces enonciations posees comme autant d'actes accomplis par l'enonciateur pour modifier ses relations avec le destinataire interlocuteurs, ou sa propre situation, que nous devons analyser. Ce parti pris impose ipso facto une distinction entre ce qui releve de l'illocutionnaire, qui confere a l'enonce son caractere d'acte, et tout le reste, que je rassemble de fa9on parfaitement arbitraire sous le concept de locutionnaire, car il est evident que, contrairement aux formes de communication fondees sur le geste, la mimique ou les emissions de voix non articulees, tout ne releve pas forcement de l'illocutionnaire dans un enonce. C'est ce concept de locutionnaire qui separe de fa9on essentielle ma demarche de celle des theoriciens du behaviorisme. Le behaviorisme peche par reduction. Il est hors de question de dire que le langage est pur comportement. Il participe a ce qu'on appelle comportement, mais se distingue fondamentalement des autres formes de comportement par sa reflexivite, dont le locutionnaire est une manifestation significative.

2- 4. Le locutionnaire, tel que je le con9ois, reunit donc tous les elements dont on doit rendre compte semantiquement en les rapportant а l'illocutionnaire, source essentielle de ce qu'on appelle «sens» d'un enonce. Le locutionnaire est, en particulier, un principe explicatif de ma description du phenomene de la quantification et des enonces de type generique.

Qu'est-ce qui distingue les deux enonces supposes:

(1) «Les enfants sont joyeux» et (2) «Beaucoup d'enfants sont joyeux» ?

Pour moi, (1) est une affirmation dont tous les elements participent а l'effet illocutionnaire, qui en l'occurrence est double: par les enfants l'enonciateur fait identifier а son interlocuteur des etres, peut-etre seulement leur progeniture, ou des enfants qui jouent devant eux. Je laisse de cote les cas ou le SN defini est dit «generique», car j'ai des raisons de penser qu'ils s'agit alors d'un pseudo acte de reference (voir Attal 1992 et plus bas le traitement par Occam de Homo est primo risibilis)). Par le predicat sont joyeux il donne un renseignement sur la fa9on d'agir de ces enfants, leur comportement. (1) est donc responsable de deux actes : un acte de reference et un acte d'affirmation, dans la mesure ou le locuteur-enonciateur cherche а influencer la vision des choses du destinataire (cf Attal 1976). Sont joyeux est dans (1) le noyau illocutionnaire de l'affirmation.

J'analyse de fa9on totalement differente (2) (je resume ici mes analyses, on peut se reporter а Attal 1994: IV, II; Attal 1997a; Attal 1999: 40s) : beaucoup d'enfants n'identifie personne. Ce n'est pas un SN referentiel. Le predicat sont joyeux n'est pas applique а beaucoup d'enfants. Nous ne pouvons pas decrire (2) en ces termes: soit beaucoup d’enfants, on peut affirmer а leur propos qu'ils sont joyeux. En effet, si nous le mettons а la forme negative, (3) «Beaucoup d'enfants ne sont pas joyeux» n'est pas la negation de (2), comme «Pierre n'est pas joyeux» est la negation de «Pierre est joyeux», ainsi que le met en evidence l'impossibilite de paraphraser (3) par «Il n'est pas vrai que beaucoup d'enfants soient joyeux», qui equivaut, contrairement а (3), а «Peu d'enfants sont joyeux». Je decris donc (2) comme l'affirmation de l'existence d'enfants en grand nombre tels que de chacun d'eux on peut affirmer qu'il est joyeux. Autrement dit, dans ce compose, le predicat syntaxique sont joyeux est une suite locutionnaire reflet d'un predicat illocutionnaire dans une affirmation comme «Pierre est joyeux».

Je vais prendre un deuxieme exemple d'enonce contenant des elements locutionnaires: soit (4) «Un enfant est toujours joyeux», enonce generique; c'est une affirmation, mais comment la decrire? quels en sont les elements illocutionnaires? La force illocutionnaire de (4) consiste а affirmer dans une forme d'implication que si on peut appliquer а quelqu'un le predicat etre un enfant, alors on doit toujours appliquer au meme individu le predicat etre joyeux (cf Attal 1994 : IV, III; Attal 1999 : 49s). Un enfant, malgre son statut de sujet, prend sa valeur а partir de predications illocutionnaires comme «Jacques est un enfant», et doit etre decrit comme la projection metalinguistique, locutionnaire de ce type de predication; est joyeux est la projection metalinguistique, donc locutionnaire, d'un predicat affirmatif comme dans «Henri est joyeux». Toujours porte sur le lien entre les deux predicats locutionnaires et est un element illocutionnaire essentiel de l'acte d'affirmation.

2- 4. Comme je le dis plus haut (§ 2.), le choix de l'illocutionnaire comme point de depart de l'etude du langage n'est dicte par aucune observation simple et directe des phenomenes, mais par un parti pris de type comportementaliste. Et le locutionnaire est le produit logique de cette decision theorique. Si la notion a un pouvoir explicatif pour quelques phenomenes, la fa9on meme dont elle est nee, son caractere essentiellement negatif (toute suite linguistique releve de l'illocutionnaire ou non) rendent impossible la determination claire d'un ensemble qu'elle subsumerait. Cet inconvenient est cependant limite dans la mesure ou je ne pretends pas en faire un outil de caracterisation systematique des elements qui apparaissent dans l'exercice du langage. L'opposition illocutionnaire-locutionnaire est surtout un guide epistemologique. D'autre part, cette situation, loin de me surprendre, illustre а mes yeux l'enorme difficulte que l'on a pour faire comcider les modeles theoriques et la «realite» linguistique (voir mes reflexions sur l'epistemologie de la linguistique dans la premiere partie d'Attal 1994).

3. Meme si l'on n'accepte pas mes presupposes comportementalistes, on peut reconnaitre le caractere tres particulier de certains phenomenes que je relie au principe que tout ce qui n'est pas dans le langage descriptible en termes d'illocutionnaire doit etre regarde comme une trace metalinguistique de l'illocutionnaire. Ainsi on rencontre regulierement dans la litterature linguistique des idees inspirees par des faits dont ce principe pretend rendre compte.

3- 1. Par exemple, Christian Rubattel («La structure de l'enonce minimal comme condition d'acces aux strategies interpretatives», Cahiers de Linguistique Frangaise, Geneve, 7, 1986: 135-148) distingue actes et semi-actes: un acte est pragmatiquement et syntaxiquement autonome, un semi-acte est subordonne а un acte, depourvu de valeur illocutoire; il a un enonciateur subordonne а l'enonciateur de l'acte principal. Dans l'enonce «Bien que la meteo annonce le mauvais temps, j'ai envie d'aller а la plage», la proposition concessive est un semi-acte, par opposition а «Certes, il fait mauvais, mais j'ai envie d'aller а la plage» qui contient deux actes, un subordonne «Il fait mauvais», un directeur «J'ai envie d'aller а la plage».

La propriete de semi-acte est etroitement liee а l'enchassement syntaxique (le semi-acte est doublement «subordonne»), alors que je disjoins forme syntaxique et locutionnaire (dans «Si tu viens, on s'amusera», non seulement — viens, mais — s'amusera sont des predicats locutionnaires, personne n'affirmant la venue ni le divertissement de personne). D'autre part, Rubattel semble considerer que le contenu de la concessive la meteo annonce le mauvais temps a un enonciateur subordonne; ce serait le cas si l'enonciateur principal n'acceptait pas le fait represente par cette phrase et, dans ce cas, pour marquer qu'il parle pour un autre, on encadrerait cette phrase de guillemets; en fait, ces mots n'ont pas d'enonciateur, mais reproduisent une affirmation reelle (quelqu'un a dit: «La meteo annonce le mauvais temps») ou simplement possible. C'est precisement l'absence d'enonciateur qui en fait pour moi le caractere locutionnaire; l'enchassement n'y est pas etranger, mais constitue un fait secondaire. Compte tenu de ces differences importantes, je considere que Rubattel traduit par son concept de semi-acte des faits qui justifient la notion de locutionnaire.

3- 2. A la base du concept de preconstruit elabore par M. Pecheux a la suite de P. Henry, je retrouve une intuition du meme genre. Refusant l'idee de presupposition pronee par Frege pour rendre compte du contenu d'une relative determinative comme dans «Celui qui a decouvert la forme elliptique des orbites planetaires est mort dans la misere» (cf Frege 1971: 115-116), il veut y voir, selon les termes de D. Maldidier (M. Pecheux 1990: 32), une «trace, dans le discours meme de discours anterieurs qui fournissent comme la «matiere premiere» de la formation discursive, a laquelle s'attache pour le sujet un effet d'evidence». Pecheux avance pour abandonner le concept de presupposition l'argument suivant (p. 193): «Faudrait-il (...) declarer absurde et depourvue de tout sens une phrase comme: «Celui qui sauva le monde en mourant sur la croix n'a jamais existe», ou le discours de l'atheisme militant nie, dans la «proposition totale», l'existence de celui-la meme qu'il presuppose existant dans la subordonnee? Ne faut-il pas plutot considerer qu'il y a separation, distance ou decalage dans la phrase entre ce qui est pense avant, ailleurs ou independamment, et ce qui est contenu dans l'affirmation globale de la phrase ». De nouveau cependant, Pecheux lie «preconstruit» et enchassement.

Dans la mesure ou la presupposition est attachee a des contenus explicites comme des relatives determinatives, et ne renvoie pas seulement a des elements virtuels (continuer «presuppose» qu'on a commence), on peut dire que ce concept recouvre partiellement celui de locutionnaire. Je n'insiste pas sur ce point qui nous entrainerait trop loin.

3- 3. Faisons un bond en arriere de plusieurs siecles pour nous pencher sur les analyses du nominaliste William Ockham (ou Occam), auteur au XlVe siecle d'une Summa Logicae (Occam 1957, Fransiscan Institute Saint Bonaventure, New York), dont la notion de supposition, qui est l'equivalent grossier de reference, a ete en grande partie a l'origine de mon analyse de la quantification, via l'enseignement oral d'Oswald Ducrot a l'EHESS en 1971-1972 et Reference and Generality de P. T. Geach, 1972. Au chapitre 64, Occam parle de la phrase latine «Homo est primo risibilis», qui correspond a l'aphorisme «Le rire est le propre de l'homme», mais qu'il faut traduire mot a mot «L'homme est par excellence, seul parmi les etres vivants (primo), apte a rire». Le probleme vient de ce que dans cette proposition homo n'a pas ce que Occam appelle une «supposition personnelle», car, si c'etait le cas, on devrait pouvoir substituer a homo n'importe quel nom propre d'homme et dire, par exemple, «Socrates est primo risibilis», ce qui est absurde; le terme homo dans la proposition n'a pas davantage ce qu'Occam appelle une supposition «simple», car cela voudrait dire qu'on parle de l'idee d'homme, or il serait etrange de dire que l'idee d'homme est apte a rire; enfin il n'a pas une supposition «materielle», en designant par homo le vocable, le mot (vox), car ce vocable homo en tant que tel n'a rien a voir avec le rire. En fait, dit Occam, on mele dans cette phrase deux types d' «actes» differents: l'acte «accompli» (actus exercitus) et l'acte «designe» (actus significatus). L'acte est accompli si homo a une supposition personnelle, comme dans «Homo est animal», «Homo currit» , etc., car on peut chaque fois substituer a homo le nom d'un homme. L'acte designe exige normalement des verbes comme praedicari «se prediquer de», suhjici «se placer apres», verificari «se verifier de», comme dans «Animal praedicatur de homine», «Animal se predique de homme». Par consequent, faux si on le prend comme acte exerce, «Homo est primo risibilis» est vrai en tant qu'acte designe camoufle, et signifie «Risibilis praedicatur primo de homine», «Apte a rire est un predicat qui convient avant tout a homme». Dans ce cas les termes risibilis et homo ont supposition simple, c-a-d. representent les concepts, ou, de mon point de vue, sont les representants, les projections metalinguistiques d'emplois de ces termes dans des enonces a valeur illocutionnaire. On reconnaitra la parente entre la fa9on dont j'analyse Un enfant est toujours joyeux» et cette analyse d'Occam. Ce nominaliste a eu sur mes conceptions une influence primordiale.

Occam, en parlant de confusion entre types d'actes differents, souligne un fait remarquable: niveau linguistique (illocutionnaire) et niveau metalinguistique (qui inclut le locutionnaire) dans le langage ont une identite formelle qui rend tres malaisee une classification sure des elements des enonces dans l'un et l'autre ensembles.

Ce sont quelques exemples qui mettent en evidence la necessite de distinguer dans le langage des niveaux differents, mais associes dans une relation de subordination.

4. Pour conclure, en posant en face de l'illocutionnaire un domaine aux limites indecises subsume par le concept negatif de locutionnaire, j'obeis a un imperatif epistemologique essentiel : quand on etudie le langage, il faut etablir un systeme generatif rigoureux et eviter de glisser entre les mailles de l'ouvrage de pseudo-evidences dues au fait que nous baignons dans un milieu familier, avec lequel nous faisons corps. Par exemple, pourquoi dire que dans «Beaucoup d'enfants sont joyeux» le predicat sont joyeux est locutionnaire? Pourquoi ne pas parler simplement du predicat sont joyeux sans aj outer cet adjectif qui nous renvoie a on ne sait quelle realite? Apres tout nous comprenons parfaitement ce predicat dans cet environnement, comme nous le comprenons lorsqu'il est inclus dans l'affirmation «Ces enfants sont joyeux». Il serait donc inutile de dire que ce predicat tient sa valeur du fait que c'est une reproduction «morte» de son emploi en contexte illocutionnaire.

C'est qu'il est essentiel de faire comme si les elements du langage se presentaient a nous comme des objets etrangers. Nous devons feindre de les voir en observateurs neutres, faute de quoi nous restons prisonniers de nos intuitions, dont on ne sait pas du tout a quoi elles sont dues, et nous les integrons telles quelles dans la description en les considerant comme allant de soi. Des le moment ou j'ai choisi de partir, dans la theorie, de l'illocutionnaire, c-a-d. des enonces ou parties d'enonces que nous pouvons assimiler a des comportements sociaux interactionnels non linguistiques, a l'inverse des demarches mentalistes qui postulent en amont de l'illocutionnaire une machine a fabriquer du sens, des le moment encore ou je ne pretends pas expliquer pourquoi tel enonce est pris comme une affirmation, un ordre ou un avertissement, mais que je les prends d'emblee comme tels, comme on observe comme tels des phenomenes naturels, je suis tenu de rendre compte du fait que certaines suites sont «comprises» sans etre engagees dans un «acte». Je ne peux pas tenir ce fait comme une evidence; j'ai donc un trou a combler par un concept coherent avec mon parti pris comportementaliste. Comme, d'autre part, j'ai prealablement pose en principe axiomatique, tres general, le caractere reflexif du langage et la presence dans les structures que l'on considere comme relevant du systeme de la langue du metalinguistique, je suis naturellement amene a rapporter les elements qui ne relevent pas de l'illocutionnaire a ce concept premier essentiel, donc a les tenir pour les traces metalinguistiques dans les enonces d'autres enonces reels ou virtuels a valeur d'actes. D'une maniere plus generale, en decrivant les suites que j'appelle locutionnaires a partir de sequences illocutionnaires dans des enonces formant des actes, je suis fidele a un principe de base du structuralisme: il faut autant que possible expliquer les faits du langage par reference a d'autres faits du langage.

L'idee de locutionnaire a une consequence theorique importante: l'illocutionnaire est anterieur au locutionnaire, premier par rapport au locutionnaire. Cette anteriorite posee dans la theorie est en accord avec l'anteriorite, dans le processus d'apprentissage du langage chez l'enfant, du linguistique qu'on peut appeler brut ou unidirectionnel, autrement dit oriente uniquement vers l'exterieur, le destinataire, par rapport au metalinguistique. Des observations psycholinguistiques confirment cette priorite temporelle. Pour parodier l'Evangile de Saint-Jean, «au commencement est renonciation». Comme le soulignait deja Saussure, parlant des rapports entre langue et parole, nous retrouvons, a propos de l'illocutionnaire vs le locutionnaire, le probleme de la poule et de l'reuf. En tout etat de cause, a moins de supposer, ce que je n'accepte pas, que tout systeme linguistique est deja present dans le cerveau de l'enfant a sa naissance, nous devons reconnaitre que l'enfant acquiert sa capacite de langage a partir d'elements tires des enonciations des sujets parlants dans son environnement, autrement dit, il «interprete» d'abord les enonciations de son environnement humain.

J'ai rendu compte dans cette etude de la naissance dans mon travail du concept de locutionnaire. Je l'ai justifie en relation avec mes presupposes comportementalistes contre les schemas classiques de type mentaliste. Je ne pourrais jamais pretendre que ce concept n'a pas de defaut. Je ne crois pas en fait qu'on puisse presenter, dans une theorie linguistique qui se donne comme objet la description des phenomenes d'interpretation, des concepts a l'epreuve de toute critique. J'estime qu'il faut accepter des le moment ou on s'engage dans une entreprise de ce genre l'idee peu valorisante que l'on ne pourra construire de systeme d'explication que plus ou moins fragile.

NOTES

1 Gochet parle de phrases, a quoi il faut substituer enonces, et de predications, c-a-d. de predicats syntaxiques, en l'occurrence le verbe fumer, a cette reserve pres que dans "Fumez, Sam! " fumez n'est pas un predicat.

2 Comment, me demandera-t-on, rendrez-vous compte de cette anomalie a partir de votre point de vue comportementaliste? J'ai naguere presente dans un colloque sur la negation (a Lille en 2001), dont les actes n'ont malheureusement jamais ete publies, une communication sur ce detail : j'y soutenais que ce fait mettait en evidence que l'intercomprehension pouvait se produire independamment des moyens linguistiques utilises, voire avec des moyens qui peuvent faire attendre une interpretation opposee. Par exemple, on peut faire comprendre grace a des elements du contexte que l'on veut ouvrir quelque chose alors qu'on parle de la fermer, J'ai l'experience de faits semblables qui mettent en evidence que l'interpretation commence, si l'on peut dire, en dega de l'expression linguistique. De toute fagon, je concluais que la confusion des deux valeurs contradictoires de rien moins que par Saint-Simon etait significative d'un caractere de bricolage qu'on peut percevoir dans le langage et dont on evite generalement de parler, parce qu'on s'appuie dans les etudes essentiellement sur le frangais ecrit et soigne. Saint-Simon ecrivait d'une certaine maniere comme il parlait.

REFERENCES :

AttalP. (1976). « L'acte d'assertion », Semantikos, 1-3

AttalP. (1979a). Negation et quantificateurs, these de doctorat dactylographiee, Paris VIII

Attal P. (1979b). « Le metalinguistique dans la langue », Semantikos, 3-2

Attal P. (1992). « Le langage createur de pseudo-realites », Enonciation et parti-pris, Amsterdam, Atlanta : Rodopi.

Attal P. (1994). Questions de semantique, une approche comportementaliste du langage, B. I.G. Louvain-Paris : Peeters.

Attal P. (1997a). « La structure quantifiante, illocutionnaire vs locutionnaire », Langue frangaise, Indefinis et reference, 116, Paris : Larousse.

Attal P. (1997b). «Et si on remettait les choses a l'endroit?», Revue de semantique et pragmatique, 2.

Attal P. (1999). Questions de grammaire, Lille : Presses du eptentrion. Austin, J. L. 1970, Quand dire c'est faire, trad. Paris : le Seuil.

Bally Ch. (1965). Linguistique generale et linguistique fran9aise, Berne : Francke.

Frege G. (1971). Ecrits logiques et philosophiques, trad. Paris : le Seuil.

Geach P. T. (1970). Reference and Generality, Cornell University Press.

Gochet P. (1972). Esquisse d'une theorie nominaliste de la proposition, Paris : A. Colin.

Mwschler J. et A. Reboul (1994). Dictionnaire encyclopedique de la pragmatique, Paris : Le Seuil. Ockham (Occam) W. (1957). Summa Logicae, New-York : Franciscan Institute Saint Bonaventure. Pecheux M. (1990). L'inquietude du discours, textes choisis et presentes par Denise Maldidier, Paris : Editions des Cendres.

Quine, W. V.O. (1953). From a Logical Point ofView, Harvard University Press.

Rubattel Chr. (198б). « La structure de l'enonce minimal comme condition d'acces aux strategies interpretatives », Cahiers de Linguistique Fran9aise 7 : 135-148, Geneve.

Saussure F. de (1968). Cours de linguistique generale, Paris : Payot.

Searle J. (1972). Les actes de langage, trad. Paris : Hermann.

У статті проаналізовано сутність семантичного поняття локутивний, яке відіграє основну роль у розумінні змісту висловлення. Висвітлено історію терміна локутивний, представлено існуючі теоретичні погляди на визначення його ролі при декодуванні мовної інформації. Теоретично й емпірично аргументовано аналіз його функціональних особливостей.

В статье анализируется сущность семантического понятия локутивный, играющего решающую роль в понимании содержания высказывания. Представлена история термина локутивный, а также существующие теоретические подходы к определению его роли при декодировании языковой информации. Теоретически и эмпирически аргументирован анализ его функциональных особенностей.

Дата надходження до редакції 17.04.2009


Похожие статьи